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Laboratoire de Recherches

sur le Développement de l'Elevage

 

Des dynamiques pastorales à la construction d’un pastoralisme durable

Le Laboratoire de recherche pour le développement de l'élevage a été créé au cœur des montagnes corses avec un objectif : faire de l'élevage un pilier pour revitaliser cet « arrière-pays » insulaire profondément touché par un mouvement de déprise agricole et rural. Face à la concurrence des élevages intensifs, un double constat s'impose : pour préserver et développer les élevages corses il faut à la fois consolider l'ancrage territorial des élevages et les orienter vers la production de produits de qualité exceptionnelle. Le LRDE travaille dans cette perspective depuis trois décennies en structurant ses recherches autour d'un terme et d'un projet global : préserver et développer le pastoralisme en Corse.

 

Le pastoralisme renvoie à un ensemble de pratiques associé à un ancrage territorial fort. Il est d'abord question d'autonomie fourragère : les animaux doivent trouver sur les parcours une part substantielle de leur alimentation. Le LRDE s'est ainsi très tôt centré sur l'étude des pratiques d'élevage et des modes de conduite des troupeaux dans une démarche de zootechnie système.

 

Cette démarche « englobante » s'impose dans la mesure où l'ancrage territorial fait référence à une mise en valeur globale des ressources locales. Le LRDE est ainsi fortement impliqué dans la gestion des races locales. La race présente un triple intérêt : Sa construction et sa gestion sont nécessairement le fruit d'une action collective, inscrite dans les temporalités longues des apprentissages et des cycles reproductifs et qui vise, enfin, le développement d'aptitudes spécifiques, notamment d'adaptation au milieu. Logiquement, le LRDE est fortement impliqué dans la préservation et le développement des races corses d'ovins, de caprins, de porcs et, plus récemment de bovins.

Pour le LRDE, le pastoralisme est un système d'élevage intensif en travail qualifié. Mais les élevages pastoraux ne peuvent être viables que dans la mesure où les efforts investis dans l'entretien des ressources, la conduite des troupeaux et l'acquisition des compétences sont correctement rémunérés. Le LRDE a développé une approche originale de la qualification territoriale des ressources et des produits. Le signe de qualité (par exemple une AOC) ne doit pas simplement viser l'accès à de nouveaux débouchés ou l'obtention d'une rente, mais bien la valorisation des pratiques et des ressources locales (dont l'usage permet d'accroître la qualité sensorielle des produits) et le développement territorial. Le LRDE a été fortement impliqué dans la mise en place de l'AOC Brocciu puis dans celle des la charcuterie de Corse ainsi que dans les démarches engagées en vue de la qualification des fromages.

 

Le déplacement des animaux sur les parcours multiplie les occasions de rencontre entre faunes sauvages et domestiques. Dans un contexte marqué par le développement des communications et le changement climatique, ces rencontres accentuent les risques sanitaires pour les animaux, mais aussi pour les hommes. Le LRDE a donc ouvert récemment une ligne de recherche sur la gestion collective des risques sanitaires. Les premiers travaux conduits avec l'appui des associations de chasseurs ont porté sur la trichinella, un parasite qui peut être transmis du sanglier au porc et du porc à l'homme. Ces travaux se sont élargis (hépatite E notamment) en lien avec la mise en place de dispositifs d'alerte et de veille sanitaire.

 

On le voit, le pastoralisme n'est pas -et n'a jamais été- simplement une affaire d'individus. Les éleveurs sont concernés au premier chef, mais assez peu sur le seul plan individuel. L'autonomie des élevages pastoraux suppose que les éleveurs (et les autres acteurs concernés par le développement du pastoralisme) s'organisent pour mieux faire entendre leur voix et agir plus efficacement. Considérée dans cette perspective, la construction de l'autonomie repose sur le partage d'expériences, de connaissances et de savoir-faire et donc sur la mise en place d'apprentissages. Dans un autre domaine, elle appelle des actions sur l'installation des jeunes, sur l'accès au foncier et donc la possibilité d'ouvrir, de construire et d'aménager les parcours.

 

L'action collective est également une exigence pour ce qui concerne la gestion du vivant. Il ne s'agit plus ici simplement de la gestion des races mais bien d'une action sur les interactions qui structurent la biodiversité en vue de la mise en place de systèmes d'élevages écologiquement durables. Cette question peut être rattachée à celle des chaînes de valorisation. Au-delà des liens entre élevages et filières, il s'agit d'ouvrir une réflexion transversale sur le poids des valeurs symboliques associées à l'aliment, aux traditions et aux ressources locales et donc sur la construction d'une identité pastorale.

 

Ces recherches sur le pastoralisme sont développées dans une démarche comparative, principalement sur des terrains méditerranéens, mais également sur des sites plus éloignés comme le Mexique. Elles reposent sur un partenariat étroit avec les organisations et associations professionnelles ainsi qu'avec les instances territoriales concernées (Chambres, ODARC, DRAAF). Ce partenariat est d'autant plus solide qu'il positionne le LRDE en tant qu'organisme de recherche dont la mission fondamentale est de participer, de façon autonome, à l'instruction du débat sur le devenir des élevages corses, autour d'une vision globale, pragmatique et prospective du pastoralisme.

Institut National de la Recherche Agronomique

Sciences pour l'Action et le Développement

Institut National
de la Recherche Agronomique